Thomas Guignat, une expérience hors du commun à Lille

Ancien joueur de Nationale 1 et de Pro B, aujourd’hui engagé en Nationale 3, Thomas Guignat continue de nourrir une relation privilégiée avec la table. Double médaillé d’argent aux championnats d’Europe vétérans 2025, il a également bénéficié d’une wildcard de la FFTT pour participer au WTT Feeder de Lille. Voix bien connue des amateurs de tennis de table, le consultant a troqué, le temps d’une semaine, le micro pour la raquette. Aligné en simple, en double messieurs et en double mixte, il s’est offert une immersion aussi intense qu’émouvante dans une compétition internationale à domicile. Entre regard d’analyste, plaisir de joueur et communion avec le public, il revient sur cette expérience hors du commun.

On te connaît beaucoup comme consultant ping : à quel moment ce rôle est-il devenu une part importante de ta carrière, et comment s’intègre-t-il aujourd’hui dans ton quotidien ?

Au départ, je ne savais pas vraiment dans quoi je me lançais, ni si cela allait fonctionner. Je me demandais si j’avais les qualités nécessaires pour être un bon consultant. Puis, au fil des compétitions et de certains matchs références, les gens ont commencé à s’habituer à un visage, un ton, une manière de commenter.

Avec Lému, notamment, on formait un duo assez atypique sur RMC Sport : on laissait beaucoup de place à l’émotion, tout en apportant de l’analyse technique et tactique. Progressivement, les spectateurs ont commencé à m’identifier à ce rôle. Aujourd’hui, sur les compétitions, on vient parfois me voir en me disant « c’est toi qui commentes », pour une photo ou un échange, et c’est assez gratifiant. Le commentaire fait désormais pleinement partie de mon quotidien.

Participer à une compétition internationale comme le WTT Feeder de Lille, est-ce quelque chose que tu avais déjà envisagé ? Comment cette opportunité s’est-elle concrétisée ?

Honnêtement, je ne l’avais jamais vraiment envisagé, car je ne me sentais pas au niveau requis sportivement. Mais ça restait malgré tout un petit rêve de gosse.

Quand la WTT a remplacé les anciens Pro Tours de l’ITTF, avec la création des Feeder et Challenger, j’ai vu qu’il y avait deux Feeder organisés en France. J’ai alors tenté ma chance à l’automne dernier en m’inscrivant sur ceux du Portugal et de la Pologne via un formulaire d’engagement. La fédération m’a expliqué qu’il existait des quotas de joueurs français, généralement réservés à des jeunes à potentiel ou à des joueurs bien classés mondialement, ce que j’ai totalement compris.

Puis, à la suite d’échanges et d’une volonté de faire de ces événements une vraie fête du tennis de table en France, j’ai finalement eu la possibilité de m’inscrire pour Lille, avec l’espoir d’être repêché. C’est ce qui s’est produit.

Le fait de commenter régulièrement des matchs de très haut niveau influence-t-il ton regard lorsque tu te retrouves toi-même dans l’aire de jeu, notamment sur les plans tactique et mental ?

Avant même de commenter, j’ai toujours beaucoup regardé de matchs et de vidéos, notamment en tant qu’entraîneur. J’ai donc naturellement développé un regard assez méticuleux et analytique sur le jeu. Le fait d’avoir commenté de nombreuses rencontres de haut niveau m’a surtout aidé sur l’aspect environnemental : l’aire de jeu, les arbitres, le scoring, l’atmosphère générale. Tout cela m’était familier et rassurant, comme des repères déjà établis. En revanche, sur le plan tactique pur, c’est davantage le travail d’analyse vidéo réalisé en amont sur mes adversaires qui m’a aidé, plus que le fait de commenter régulièrement.

Tu étais engagé en simple, en double messieurs et en double mixte : comment as-tu abordé ces deux jours de qualifications ?

Il y avait un peu de tout. J’avais envisagé tous les scénarios possibles : tout perdre, ce qui restait le plus probable, ou bien réussir à créer un petit exploit, proposer de beaux échanges et animer la salle. Finalement, je n’ai pas ressenti beaucoup de stress négatif. Le seul vrai moment de tension, c’était en arrivant le dimanche pour récupérer l’accréditation, découvrir l’aire de jeu, les balles, les tables. Mais c’était du bon stress. Très vite, ce stress s’est transformé en excitation pure. Voir les autres joueurs évoluer, se dire que c’est bientôt son tour, ça donne juste envie d’y aller. J’ai été agréablement surpris de vivre tout ça avec autant de plaisir, du premier au dernier point.

Peux-tu revenir sur tes matchs cette semaine et sur ce que tu en retiens globalement ?

Globalement, beaucoup de plaisir. En simple, j’affrontais un jeune Allemand de 19 ans, très fort, à gros potentiel. Pour moi, c’était clairement le joueur le plus solide de la poule malgré son classement. La veille, je l’ai aperçu avec son entraîneur en train de regarder leur téléphone et me désigner en souriant. J’imagine qu’ils avaient dû tomber sur des vidéos liées à mon activité de commentateur. Le jour du match, dès l’échauffement, je l’ai senti tendu, ce qui m’a rassuré et aidé à entrer dans la rencontre. Les deux premiers sets ont été très serrés, avec quelques opportunités de mon côté que je n’ai pas su saisir. À 2–0 contre moi, il s’est relâché, mais j’avais le sentiment d’avoir quand même livré un match solide.

En double messieurs et en double mixte, c’était plus compliqué. Je n’avais jamais joué avec mes partenaires auparavant, nous ne nous connaissions pas et n’avions pas pu nous préparer ensemble. Malgré tout, le contenu est resté intéressant et les matchs ont été de bonne qualité. L’expérience reste extrêmement positive.

Lors de ton deuxième simple, tu remontes de 0–2 à 2–2 et tu sauves six balles de match : à quel moment tu te dis que c’est encore possible ?

Le premier set m’a fait mal, car j’avais plusieurs balles de set que je n’ai pas concrétisées. Dans le deuxième, j’ai beaucoup souffert sur ses services, un secteur qu’il maîtrise extrêmement bien. Le tournant, c’est le troisième set, très serré, que je remporte. La célébration, assez marquée, a clairement inversé la dynamique : il s’est tendu, moi je me suis relancé. Le quatrième set a été totalement à mon avantage et on s’est retrouvés à la belle. À 10–4 pour lui, j’y croyais un peu moins, mais je voulais continuer à profiter de chaque instant. Il a alors commis quelques erreurs, notamment sur mes services, et j’ai réussi à revenir à 10–10. Le public s’est enflammé, le scénario était haletant. À 11–10 pour moi, j’ai peut-être été un peu trop prévisible, il a pris ses responsabilités et s’est finalement imposé 13–11. C’était un match au couteau, très mental. Un grand bravo à lui, car ce n’était pas évident d’aller le chercher dans ce contexte.

Comment as-tu ressenti l’accueil du public et l’ambiance dans la salle ?

J’ai adoré. Les jours où beaucoup d’écoles étaient présentes, notamment le mardi et le jeudi, l’ambiance était incroyable. Les enfants apportent une énergie énorme et j’ai essayé de jouer avec eux, de partager ça.

L’adversaire se retrouvait un peu seul contre tous, et moi je me suis nourri de cette énergie. Je suis un joueur qui a besoin de courir, de s’exprimer, d’être dans l’émotion, donc ça m’a énormément aidé. Je n’ai jamais ressenti de pression supplémentaire, bien au contraire. Aucun regret, seulement du plaisir et une vraie communion avec le public.

Pour conclure, peut-on imaginer te revoir sur le circuit international à l’avenir, notamment à Hennebont ?

L’envie est clairement là. J’aimerais revivre une telle aventure. Sur le circuit international, je vais participer aux Championnats du monde vétérans en Corée du Sud en juin prochain. J’avais déjà participé aux Mondiaux à Rome en 2024, avec une médaille d’argent en double messieurs, et aux Championnats d’Europe vétérans 2025 avec deux médailles d’argent, en simple et en double.

Concernant le Feeder d’Hennebont, le fait d’avoir pris un point ici me permet d’avoir un premier ranking mondial, ce qui peut augmenter mes chances. Je vais m’inscrire comme je l’ai fait pour Lille. Ensuite, on verra si la fédération me donne à nouveau l’opportunité de m’exprimer, de partager avec le public français et de faire de cet événement une nouvelle fête du tennis de table en France.